A partir du 1er janvier 2022, les organismes de formation bénéficiant de financements publics ou mutualisés devront avoir obtenu la certification Qualiopi. Mais ce « label qualité » n’est pas du goût de tous.

Par 

Publié le 02 juillet 2021 à 15h30 – Mis à jour le 02 juillet 2021 à 22h22

Dernière ligne droite pour les organismes de formation. Au 1er janvier 2022, l’obtention de la certification Qualiopi sera obligatoire pour tous les prestataires rémunérés avec des fonds publics ou mutualisés (Pôle emploi, les régions…).

L’objectif de cette réforme, instaurée par la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » de 2018, est de garantir la qualité des formations à travers une certification unique.

Après le premier palier qu’a constitué le référencement Datadock, cette seconde étape « vise à promouvoir une plus grande lisibilité de l’offre de formation », a défendu Stéphane Rémy, sous-directeur des politiques de formation et du contrôle à la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), lors d’un point d’étape organisé par le cabinet de conseil CFS+ le 24 juin.

Audit externe

Avant la mise en place de cette certification, il suffisait à un prestataire de remplir un dossier administratif pour rentrer au catalogue Datadock, une base de données commune mise en place par les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA). Désormais, les organismes devront passer un audit assuré par un prestataire externe pour obtenir la marque Qualiopi.

Ce référentiel qualité repose sur une trentaine d’indicateurs, qui comprennent aussi bien l’accueil du public en situation de handicap que le suivi du devenir professionnel des stagiaires, ou encore la capacité de l’organisme à mettre en place des formations adaptées à chaque profil. Il ne s’agit pas d’une simple démarche déclarative : le prestataire devra avoir mis en place cette organisation depuis au moins quelques mois pour passer son audit avec succès. Pour les organismes de formation, c’est donc aujourd’hui que tout se joue.

« On est sur un changement de paradigme », a fait valoir Stéphane Rémy : alors qu’auparavant, c’était aux organismes financeurs de s’assurer de la qualité des formations dispensées, avec Qualiopi, « ce sont les prestataires qui apportent des preuves du respect de ce référentiel national vis-à-vis des financeurs ».

Bon an mal an, les organismes de formation entrent dans la danse : selon les données de la DGEFP arrêtées au 15 juin, sur un peu plus de 30 000 organismes de formation déclarant au moins un euro de chiffre d’affaires réalisé sur fonds publics ou mutualisés, 10 712 étaient certifiés et 9 331 engagés dans la démarche de certification.

Le comble de l’absurde

Mais cette nouvelle obligation n’est pas du goût de tous. « On est en train de tuer tous les petits organismes de formation », s’insurge Mathieu Chartier. Agacé par cette nouvelle réforme, qu’il estime essentiellement bureaucratique, ce formateur Web songe même à fermer boutique. « Il va falloir payer un audit, qui va coûter entre 1 000 et 1 500 euros. Tout cela pour que des gens qui ne connaissent rien à votre métier viennent vous auditer ! » Le comble de l’absurde, selon Mathieu Chartier : bien que n’étant pas certifié Qualiopi, son organisme s’est retrouvé sous-traitant d’un gros centre de formation qui, lui, affichait cette certification.

D’autres polémiques autour du « contrôle qualité » des formations ont surgi sur les réseaux sociaux. Ces derniers mois, les internautes ont beaucoup glosé sur les formations éligibles au CPF proposées par l’agence de conseil en style de l’animatrice Cristina Cordula, certifiée Qualiopi. « Sur Moncompteformation, il est possible de consacrer son #CPF à une #formation de conseil en image dispensée par Cristina Cordula, mais pas à un module de préparation aux concours européens dispensé par l’ENA », pointait ainsi cette twitteuse.

Jouant sur le buzz, l’animatrice des « Reines du shopping » sur M6 est d’ailleurs devenue l’ambassadrice de Qualopi : le compte Twitter officiel de l’Afnor, un organisme de certification, affiche une vidéo dans laquelle Cristina Cordula encourage les organismes de formation à faire les démarches nécessaires pour obtenir le label : « C’est beaucoup de travail, mais ça en vaut la peine ! »

Du côté du ministère du travail, on botte en touche face aux critiques : « C’est le processus qui est garanti, pas la qualité de l’action en tant que telle », a admis Stéphane Rémy. Le sous-directeur à la DGEFP a défendu le processus de « coconstruction » de la réforme, issue d’un « travail collaboratif entre les différentes parties prenantes ».

Quant à ceux qui espèrent un éventuel report de la réforme, Stéphane Rémy a fait appel à leur « esprit de responsabilité ». Avant l’échéance de 2022, il reste encore quelques mois pour convaincre les récalcitrants.

Source le Monde

Par 

Publié le 02 juillet 2021 à 15h30 – Mis à jour le 02 juillet 2021 à 22h22